Rencontre avec Jean Klépal, auteur
pour Secrets d’alcôve

Rencontre avec l’art: De quelle œuvre ou de quel artiste êtes-vous tombé amoureux la première fois?

Comme indiqué dans le texte, j’ai rencontré la peinture en classe de sixième du lycée. Il me semble que Claude Monet et sa série des cathédrales de Rouen m’ont particulièrement interloqué. Les jeux de lumières colorées dont je n’avais pas perçu jusqu’alors la réalité m’ont fasciné. Premier émoi face à l’indicible de la beauté charnelle des choses?


Quelle est la première œuvre d’art que vous avez acquise?

Longtemps l’art fut pour moi objet de contemplation, plus ou moins sacrée. Posséder une œuvre me semblait hors de portée. J’ai commencé par acquérir de nombreuses reproductions (Vélasquez, Le Greco), puis un jour un masque nègre aux Puces, à Paris. Ensuite une figurine de terre cuite, une suite de gravures de Jacques Callot découverte chez un brocanteur, une aquarelle achetée à un artiste local… Franchir le pas pour oser m’approprier une œuvre prit beaucoup de temps.


La rencontre avec Serge Plagnol: Est-ce à travers ses toiles que vous avez d’abord fait la connaissance de Serge Plagnol?

La rencontre avec Serge Plagnol se fit alors que je co-dirigeais une galerie d’art. D’abord l’intérêt pour un certain type de travail, ensuite la rencontre avec quelqu’un et le désir d’échanger, de partager. Il me semble que nous avons établi du lien à partir d’interrogations et de connivences partagées. La qualité de la relation avec l’artiste compte presque autant pour moi que la nature de l’œuvre.


Comme on ne se lasse jamais de contempler certaines toiles, y a-t-il un livre, un texte que vous relisez régulièrement?

Rien en particulier, si ce n’est que je butine sans cesse ma bibliothèque, dont je connais à fond la composition. Ma bibliothèque est un de mes lieux de promenade privilégiés.


Dans Secrets d’alcôve, vous citez Montaigne. Est-ce lui en particulier qui vous a donné le goût d’écrire?

Je ne saurais dire si Montaigne m’a donné ou non le goût d’écrire. Il m’a peut-être montré que ce n’était pas inenvisageable. Je sais en tout cas qu’il m’a donné le goût de la réflexion, il est pour moi depuis fort longtemps un maître, un confident et un ami. Nous conversons souvent lui et moi et je crois que nous nous comprenons assez bien. J’aime sa mesure et sa distance.


Comment définiriez-vous le lien qui unit l’art visuel et la littérature?

La relation entre art visuel et littérature tient à une complémentarité. Par art visuel, il convient, me semble-t-il, d’entendre surtout images fixes (peinture, dessin, photographie, sculpture non animée). Ces images s’offrent d’emblée, ce qui n’est pas le cas des œuvres cinétiques (sculpture et cinéma), beaucoup plus proches de la narration littéraire qui se dévoile progressivement à mesure de la lecture et des pages tournées. Confronté au choc de la rencontre d’images, l’énigme amène à scruter, explorer, cheminer pour voir, comprendre et s’approprier le propos. Il y a donc une lecture spécifique de l’œuvre pour aller au-delà du simple regard. Là s’établit la jonction, qui est celle des mots pour dire le ressenti et ses effets. On ne tourne pas les pages mais on organise peu à peu perceptions et pensées. On part de la totalité pour aller vers la précision du détail significatif, tandis que la littérature nous propose un chemin inverse. Nécessaire équilibre de la complémentarité.